EDITORIAL

L’Université Paris Descartes, une lueur dans le gros temps
par Axel Kahn, Président de l’Université Paris Descartes

Comme je l’annonçais en présentant mes vœux à tous les personnels de notre maison commune, et je n’étais ce faisant pas un grand devin, ces cinq derniers mois ont été intenses, difficiles, troublés.

D’abord parce que ce sont là les premiers pas de notre Université après qu’elle a accédé aux responsabilités et compétences élargies à compter du 1er janvier de cette année. Grâce à une mobilisation exceptionnelle et admirable de tous les services administratifs de Paris Descartes, le basculement soudain d’une gestion des rémunérations sous tutelle à une gestion en principe plus autonome, n’a pas engendré de catastrophe. Mieux même, la nouvelle organisation et les marges de manœuvre nouvelles conférées nous ont permis de programmer une montée en puissance du service d’aide sociale.

Quoique inférieur à ce qu’il eut été sans doute légitime d’espérer du fait du passage à l’autonomie, le budget 2009 marque une amélioration significative par rapport au budget 2008, ce qui a permis à l’Université de lancer plusieurs initiatives importantes, dans les domaines de la politique indemnitaire des BIATOS, de la future prime d’excellence scientifique, de l’aide à l’initiative pédagogique et à la recherche, etc.

Au total, ce sont environ 700.000 € qui ont été réservés au financement de ces différentes actions. A ces sommes, il importe d’ajouter l’augmentation importante des crédits destinés à développer notre lutte contre l’échec en licence (1,8 M€ pour l’année 2009).

Bien entendu, tout n’est pas idyllique, la charge de travail est considérable, les autorités donnent parfois l’impression d’essayer de reprendre de la main gauche l’autonomie concédée de la main droite et de nombreuses autres réformes importantes restent à mettre en œuvre (par exemple, le contrat doctoral).

L’année 2009 est également le temps fort de l’évaluation quadriennale de l’établissement dont la première phase est maintenant presque achevée. Nous avons reçu les évaluations de l’AERES concernant nos laboratoires de recherche, notre offre de formation et nos écoles doctorales. La visite du comité AERES chargé d’apprécier la politique générale de l’Université Paris Descartes s’est déroulée, dans d’excellentes conditions et nous attendons le rapport de ce comité avec sérénité. Nous en disposerons sans doute avant le 14 juillet.

Restera alors à l’équipe présidentielle de l’Université d’engager un dialogue contractuel basé sur les différentes évaluations, d’une part avec les autorités du Ministère (DGESIP) et, d’autre part, avec les partenaires des organismes de recherche (INSERM, CNRS, IRD). Il nous faudra modifier à la marge notre projet pour tenir compte des résultats de l’évaluation, indiquer en particulier la réorganisation que nous proposons dans les cas où des équipes et des formations ont fait l’objet d’une évaluation négative. Peu sont heureusement dans ce cas et, pour l’instant, nous avons lieu de manifester une certaine satisfaction du regard jeté sur nos activités par les évaluateurs de l’AERES.

Les cinq mois qui viennent de s’écouler ont également été marqués par un très important mouvement de protestation contre la politique gouvernementale dans le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur. S’y est surajoutée une vive contestation des projets de réforme de la gouvernance des hôpitaux universitaires. Notre Université a été agitée, elle-aussi, par ces différents événements, quoique la mobilisation des chercheurs, des enseignants et des étudiants, ait pris des formes variées selon les composantes. Notre maison commune est diverse, cette diversité est une richesse dès lors qu’elle contribue à accroître l’éventail des apports individuels à notre projet collectif.

Je me suis efforcé, durant toute cette période, de maintenir au sein de notre maison commune les conditions d’une vraie démocratie universitaire et d’un dialogue de qualité. Toutes les informations pertinentes ont été rapidement communiquées à tous les personnels, parfois accompagnées, lorsque cela était nécessaire, d’explications circonstanciées. Aucune entrave n’a, bien sûr, été apportée à l’exercice du droit syndical et associatif et je suis moi-même allé discuter avec les collègues et les étudiants au siège de l’Université, au Centre Universitaire des Saints-Pères et à l’Institut de Psychologie de Boulogne.
Je me réjouis de ce que les formes du mouvement dans notre Université n’aient jamais renié les valeurs de respect, de tolérance et d’ouverture auxquelles nous sommes sans doute tous attachés. Certes, j’ai regretté la longueur de l’interruption des cours dans l’une de nos composantes et m’en suis expliqué très franchement avec nos collègues.
Cependant, je les remercie de n’avoir jamais coupé le lien avec leurs étudiants, d’avoir utilisé l’éventail des méthodes alternatives de transmission des connaissances et, in fine, de s’être mobilisés, avec les personnels de la scolarité des UFR. Cela a permis d’organiser la première session des examens du deuxième semestre avant la fin juin, et par conséquent a évité que nos étudiants ne soient gravement pénalisés par les conséquences du mouvement revendicatif.

Malgré tout, les tâches écrasantes du passage à l’autonomie, l’évaluation, le mouvement revendicatif, notre Université a continué d’accroître son influence et son rayonnement dans le tissu universitaire du pays. Ainsi, l’Université Paris Descartes a-t-elle joué un rôle déterminant dans la création du Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur « Université Paris Cité » qui associe d’ores et déjà, outre nous-mêmes, nos partenaires de l’Université Paris Diderot, de Sciences Po, de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique et de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO). Ce PRES sera sans aucun doute renforcé par l’adhésion de nos voisins de l’université de la Sorbonne Nouvelle (Paris 3) et notre attractivité est telle que d’autres grands établissements demandent à nous rejoindre : Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris 13… Les équipes dirigeantes de tous ces établissements, qui représentent conjointement une extraordinaire diversité disciplinaire, organisationnelle et sociale, semblent animer d’une semblable vision de l’université que nous voulons faire vivre, d’une commune ambition. J’ai la conviction qu’au cœur de ce projet universitaire – dans un autre éditorial j’ai parlé de rêve – trône « l’idée de civilisation », c’est-à-dire une promotion de l’épanouissement de toutes les formes de la créativité de l’esprit à travers l’enrichissement des savoirs, leur transmission, les débats intellectuels et le rayonnement culturel. Dans ce dernier domaine aussi, notre maison commune s’est manifestée de manière éclatante et a, pour l’avenir, de grandes ambitions. Une cellule de médiation culturelle a été créée, dont la programmation et les actions ont commencé de modeler l’image de notre établissement. Le service de la communication a lui aussi contribué de manière spectaculaire à la diffusion de l’image de l’Université Paris Descartes. Il a popularisé les œuvres de plusieurs des membres de l’Université, contribué aux remarquables succès de nos cycles de conférences (en particulier, les Débats Descartes organisés par la mission Savoir et Culture) et a commencé d’organiser de très grandes expositions d’art plastique, d’un intérêt national.

L’exposition « les Maternités du Monde », qui a fermé ses portes début mai au bout de trois semaines, a vu défiler environ 4000 personnes qui ont consigné dans un livre d’or leur éblouissement de la beauté de cette manifestation. Un programme pluriannuel existe avec d’autres événements consacrés aux visions artistiques du corps, et donc de l’image que la société en a.

Notre politique de rayonnement culturel, complément de nos efforts dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche, nous amènera sans doute aussi à officialiser un partenariat actif en ce domaine avec le Collègue des Bernardins, bien entendu dans le strict respect de notre idéal de laïcité. L’ancienne abbaye des Bernardins, haut lieu de l’art cistercien à Paris, est en effet un foyer actif d’événements (musique, art plastique et peintures, conférences) dont les objectifs culturels rejoignent les nôtres. De plus, plus de dix ans avant la création de la Sorbonne en 1257, ce fut l’un des premiers lieux utilisés par l’Université de Paris pour réunir la communauté universitaire de l’époque.

Autres témoignages de l’amélioration forte de l’image de notre Université : depuis quelques mois, Paris Descartes est, avec l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le seul établissement universitaire français présenté sur le site « iTunes U », par le biais duquel notre université diffuse du matériel pédagogique, des cours et des conférences. Ce site " iTunes U Paris Descartes" est en seconde position des sites universitaires européens quant au nombre de connexions.

Pour en terminer ave nos « prouesses » dans le domaine des technologies numériques de l’information et de la communication, rappelons que l’Université a pris l’initiative, il y a trois ans, de créer les « journées numériques », à la dimension, en 2009, de tous les établissements d’Ile-de-France.

Au terme de la visite de trois jours de l’Université Paris Descartes par le comité AERES, plusieurs membres de ce dernier m’ont dit, en prenant congé, « Monsieur le Président, vous avez une Université qui rayonne ».

Certains d’entre vous m’ont fièrement jeté, au cœur du mouvement de contestation et au cours de débats d’une haute tenue « Monsieur le Président, Nous sommes l’Université ». Sans aucun doute, nous sommes, individuellement et collectivement, l’Université. De ce fait, nous pouvons tous prendre à notre compte ces compliments. Si Paris Descartes rayonne, c’est chacun d’entre nous qui peut – qui doit – s’en trouver comme illuminé.


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