Débat Trautmann/Kahn

Le 23 mai dernier, se déroulait à Cochin, devant un auditoire nombreux, un débat animé par Sylvestre Huet, journaliste à Libération, sur la réforme de la recherche.
Alain Trautmann et Axel Kahn ont exposé leurs points de vue et ont répondu aux questions du public.

Vous trouverez ci-dessous une transcription des principales interventions.
Vous pouvez également entendre l’intégral du débat sur la médiathèque.

Alain Trautmann

J’ai souhaité que cette réunion puisse avoir lieu ; personnellement je suis très inquiet sur l’évolution du système de l’enseignement supérieur et de la recherche actuel et je perçois un fort contraste entre cette inquiétude que je partage avec un certain nombre et le fait qu’autour de moi je vois des collègues qui sont nettement moins inquiets et disent que ce n’est pas si mal que cela tandis qu’une majorité - me semble t-il - dit qu’elle n’y comprend rien.
Il me paraissait important de clarifier les choses, c’est ce que je vais essayer de faire très brièvement. A mon avis il y a plusieurs raisons pour lesquelles il y a cette confusion. Je pense en résumé que le gouvernement sait très bien où il va, il le fait avec des outils et de façon apparemment incohérente.[…] Je pense que la communauté scientifique est assez divisée sur la façon de voir l’éléphant qui est en face d’eux : pour certains ils ne voient qu’une patte et d’autres une oreille, d’autres une queue, tous sont en train de voir l’éléphant mais il est assez difficile de voir le tout. Et je crois que c’est important d’essayer de voir le tout et de ne pas se restreindre à l’endroit où l’on est naturellement.
Alors quels sont les axes que suit le gouvernement ? À mon avis c’est assez simple : la politique du gouvernement actuel aboutit à détruire un certain système existant, l’objectif n’étant pas de le détruire, mais l’objectif étant le suivant :
- premièrement il s’agit d’investir massivement dans l’enseignement supérieur la recherche, l’innovation
- deuxièmement cela coûte cher et le gouvernement dit : « l’Etat ne peut pas le faire ». Il ne peut pas le faire en bonne partie parce que c’est contre un dogme extrêmement important qui est : « il faut absolument réduire l’importance des services publics » qui sont considérés par bon nombre de gens comme une pure dépense qui pèse sur l’Etat, ce que je pense être une aberration, mais néanmoins une fois qu’on a cette conception, on tire les conclusions que les investissements doivent être faits par d’autres. Il faut essayer de faire une réforme à moyen constant, à mon avis c’est une aberration, c’est impossible, mais le gouvernement prétend qu’il va mettre beaucoup de moyens ; mais quand on regarde de près, en réalité ce sont des moyens qui sont en très faible augmentation, et ces moyens constants, on va essayer de les concentrer sur quelques endroits : sur une dizaines d’universités, sur quelques thèmes et c’est là l’autre dimension importante. Le gouvernement souhaite piloter plus étroitement l’activité de recherche et les orientations de l’enseignement supérieur, et ce pilotage nécessite de mettre en place un certain nombre d’outils comme l’ANR, et de casser les outils par lesquels les chercheurs pouvaient manifester une certaine indépendance comme les EPST comme le CNRS. Je pense que la création de l’ANR et la casse du CNRS sont deux opérations qui sont étroitement couplées pour le même objectif qui est de pouvoir piloter l’activité des chercheurs, si possible pour des recherches considérées comme utiles avec de grands guillemets […], investir le moins possible, essayer de faire investir d’autres, orienter et piloter la recherche, le reste ce sont des détails sur la façon de fonctionner et qui dépendent aussi un peu de nos réactions.
Par exemple, fin octobre 2007, André Sirota a reçu une lettre de mission du ministère qui a été dévoilée par l’article d’un journal Les Echos du 29 octobre disant vous devez créer un grand institut des sciences de la vie ou il y aurait tout : l’Inserm, SDV CNRS, l’INRA, tout ensemble. Et puis il y a eu tellement de réactions que le gouvernement a fait machine arrière, a dit : « on va utiliser une autre stratégie pour ce même objectif » qui va consister à créer un INSERM avec huit instituts qui permettra là aussi de piloter la recherche et, en particulier pour ce qui nous concerne nous, la biologie, faire en sorte que l’essentiel de la recherche en biologie soit une recherche liée à des pathologies et en réduisant d’autant la recherche fondamentale ; ça c’est l’objectif du gouvernement. Alors parmi les gens qui jouent ce jeu là, Sirota, les présidents d’instituts, […], ces gens là vont se retrouver face à une pression majeure de la part du gouvernement et de l’administration de Bercy pour faire une recherche de plus en plus pilotée étroitement etc… On verra qui gagnera : d’expérience, c’est toujours Bercy qui gagne et donc il importe vraiment que nous disions clairement que nous sommes contre ce type d’orientation et donc contre la casse du CNRS.

Axel Kahn

Tout d’abord je ne vais certainement pas me positionner ici comme l’avocat d’une politique dont je ne suis point responsable et dont je prends connaissance en même temps que vous par les journaux, par les indiscrétions avant même les organisations syndicales. Je vais intervenir à ce stade à deux niveaux afin de faire en sorte que dans l’analyse de la situation on puisse agir en toute connaissance de cause en essayant d’écarter les idées toutes faites, les a priori, faire en sorte que les mots que nous prononçons recouvrent des concepts robustes et j’utiliserai la deuxième partie de ces dix minutes pour parler un peu de ma vision de l’université puisque ma position principale est d’être le Président de cette université auquel tous vos laboratoires sont rattachés.
Alors tout d’abord, avant de parler des derniers avatars de la politique et de la réforme de la politique et de la recherche, j’aimerais pour ne pas être en contradiction avec moi-même me ramener aux positions que je prenais et d’ailleurs j’en ai fait état dans cet hôpital, dans ce centre de recherche, la dernière fois qu’on a parlé de ces problèmes de recherche dans les mouvements de l’année 2004/05, là il s’agissait, en 1986 tout d’abord et ensuite en 1995, des différentes consultations qui avaient été relancées sur la recherche et notamment il avait été créé en 1995 un comité d’orientation stratégique auprès du gouvernement et puis François Fillon qui n’était pas premier ministre, mais ministre de la recherche avait organisé une consultation et j’étais à ce moment-là membre du comité de réflexion du CNRS pour proposer des réformes. Il y a des points sur lesquels je me suis toujours positionné :
- Le premier c’est que je suis favorable à une coordination de toutes les recherches sur les sciences de la vie en France. Je considère que l’éclatement des sciences de la vie entre l’Inserm, l’Inra, le CNRS, les choses se sont aggravées encore l’INCA, l’institut de la vision, les nouveaux GIP, est totalement incohérent et empêche de toutes les manières de pouvoir optimiser l’effort et déterminer aussi lucidement que possible ce que sont les objectifs principaux. Si bien que lorsque j’ai appris par les échos qu’il avait été demandé à Sirota d’essayer de reprendre ce chantier, je ne pouvais pas être en contradiction avec mes positions, cela faisait dix à vingt ans que je militais pour cela. La position dans laquelle est A. Sirota était particulièrement ridicule, et là pour le coup dans la situation antérieure, l’Inserm était menacé, qu’est ce qui se passait ? d’un point de vue politique rien n’est plus vendeur pour un gouvernement que de dire : « j’ai fait une action sur Alzheimer, j’ai fait une action sur le cancer, j’ai fait une action sur le sida. Et alors on crée - pour montrer comment le gouvernement a bien agi - l’institut de l’Alzheimer, l’institut du sida, l’ANRS, l’institut du cancer et j’en oublie énormément ; l’on ouvrait un institut national de la santé et la recherche médicale moins les hépatites, moins la maladie d’Alzheimer, moins le cancer, moins le sida, moins les maladies infectieuses, moins les maladies orphelines, moins les maladies cardio-vasculaires, on arrivait pour le coup à un total dépeçage de la recherche biologique et médicale en France. Je dois dire que Sirota était malin car il a vu que pour des raisons politiques il aurait du mal à supprimer l’Inca, à supprimer l’ANRS etc. Donc il a créé ces instituts qui les a englobés, ce faisant, il a donné l’institut des maladies infectieuses au responsable de l’ANRS, il a co-désigné en partenariat avec l’institut national du cancer le responsable de l’institut du cancer etc…etc…Honnêtement je ne peux pas dire que cette politique est une politique contre laquelle je m’élève, je crois qu’elle est maligne, et en tout cas elle était un effort indispensable pour mettre un terme à une dérive qui était mortelle pour notre organisme. Totalement mortelle, totalement ridicule, totalement absurde.
- Les derniers avatars maintenant, c’est très clairement que le CNRS – dit-on - est maître d’œuvre dans certaines disciplines, et il y a d’autres disciplines où effectivement l’on va travailler en partenariat notamment la biologie et l’informatique, l’informatique avec l’INRIA, et la biologie avec les instituts de l’Inserm. Je serai totalement sur la même longueur d’onde qu’Alain Trautmann pour que cette coordination que j’appelle de mes vœux depuis quinze ans n’aille en aucun cas dans le sens d’une déperdition de la force de recherche sur les fondamentaux de la biologie, on va dire la recherche la plus cognitive en biologie - la recherche en biologie n’est jamais vraiment cognitive - mais celle qui essaye de travailler sur les mécanismes biologiques. Ayant dirigé cet institut ici pendant bien longtemps et ayant dirigé des laboratoires de recherche à Cochin pendant 24 ans, chacun sait que j’ai toujours été attaché vraiment à la multiplicité de ces recherches. Et ça je crois que c’est un combat à mener, et, en effet là, il y a à être extraordinairement vigilant. Je suis également tout à fait d’accord avec la notion qui consiste à dire : il existe un élément incohérent dans le financement de la recherche et dans la manière dont notamment les responsabilités sont découplées entre les EPST et l’université, je reviendrai à l’université et l’ANR.
L’ANR est une agence de financement. Une agence de financement se doit de financer. Que cette agence de financement établisse sa politique scientifique, il y a toutes les raisons de penser quelle est la courroie de transmission de la politique scientifique, des priorités du gouvernement.
Que par ailleurs les EPST, sans en avoir les moyens eux, établissent également leur politique scientifique sans concertation avec l’ANR et que l’on demande aux universités de coordonner localement la recherche est totalement incohérent, et il faut dire qu’effectivement on ne peut pas se satisfaire de cela. Le système qui serait un système que j’appellerai de mes vœux serait un système à trois niveaux pour ne parler que de ces trois niveaux : ANR, EPST, et université. L’ANR est une agence de financement qui, à l’exception d’une discussion très importante sur l’équilibre entre les contrats thématisés et les contrats non thématisés, finance. Elle finance sur la base d’une évaluation, d’une évaluation scientifique de qualité des projets. Les EPST eux, avec cette nouvelle mouture et si possible de la re-coordination, établissent au niveau national et en partenariat avec les milieux scientifiques universitaires européens et internationaux une politique scientifique. Les EPST sont les seuls à pouvoir notamment lancer une politique de grands instruments, à pouvoir lancer cette politique et cette coopération.
Les universités sont le lieu normal de la coopération d’une recherche pluridisciplinaire sur un site. On reparlera de la pluridisciplinarité, le seul endroit, vraiment le seul endroit où la pluridisciplinarité est plus qu’un mot, mais est une réalité c’est l’université. Et d’ailleurs pour ce qui est de notre université nous avons commencé à lancer des actions qui véritablement en témoignent, et je pense que si on arrive à imposer ces trois niveaux, alors je serais, suivant les évolutions, plutôt favorable, je considérerai que c’est un progrès ou alors avec vous je m’inquiéterai.

Axel Kahn
Il est sans doute possible voire même un devoir pour chacun de me faire beaucoup de reproches, celui qui est le moins crédible est celui d’être naïf. Je vais parler de l’université pour commencer. La loi LRU m’apparaît être un progrès par rapport à la situation antérieure, non pas parce que le gouvernement est bon et qu’il a voulu que le monde universitaire connaisse une espèce d’épiphanie grâce à l’autonomie, non naturellement je ne suis pas assez naïf pour cela, mais les possibilités qui sont offertes par certaines dispositions de la loi LRU sont favorables à un moment donné pour mener une vraie politique universitaire, et j’aimerais commencer de l’illustrer dans le domaine des sciences humaines et sociales.
L’université Paris Descartes est une université mixte qui a un très fort secteur de sciences humaines et sociales, une petite moitié du total en réalité avec l’ethnologie, l’anthropologie, les sciences de l’éducation, la sociologie bien évidemment la psychologie, la linguistique j’en ai oublié, une grande faculté des sciences humaines et sociales qui était la faculté des sciences humaines et sociales Paris Descartes Sorbonne qui vient de la Sorbonne. De la même manière Paris Diderot a un fort secteur de sciences humaines et sociales, nous sommes des universités pluridisciplinaires. Nous tenons éperdument à être des universités pluridisciplinaires, nous récusons le système des universités mono disciplinaires et - cela existe des universités mono disciplinaires - nous sommes favorable à ce qu’un mouvement existe allant vers la fusion des universités pour que cesse d’exister ce qui est totalement antinomique avec le mot universel dans université c’est-à-dire des universités mono disciplinaires. Une université ne peut pas être mono disciplinaire. Dans l’université dont j’ai la responsabilité parce que vous m’avez élu, les sciences humaines et sociales jouent un rôle tout à fait important et je pense que cette mutualisation avec les disciplines que sont la médecine, que sont la pharmacie, la technologie dégage les moyens qui grâce à la mutualisation au sein de l’établissement ou entre les établissements permettent justement d’abonder des secteurs qui ont plus de difficultés à aller chercher des compléments de moyens tels que certains domaines des sciences humaines et sociales. […]
On se paye de mots en disant par exemple « c’est dramatique vous vous rendez compte les instituts au CNRS ça va pratiquement couler la pluridisciplinarité ». Moi cela fait 24 ans que je dirige un laboratoire de recherche avant de diriger une université, je n’ai jamais vraiment connu de soutien pluridisciplinaire à la recherche, j’ai connu un soutien à la biologie que ce soit du CNRS ou de l’Inserm, je commence à connaître de la pluridisciplinarité à travers ce que je fais en tant que Président d’université.
Par exemple, j’ai lancé un groupe qui est un groupe vieillissement, un groupe adolescence, et pour ne citer que le groupe adolescence, dans ce groupe adolescence étaient présents et travaillent ensemble pour définir un programme de recherche naturellement des endocrinologues de la puberté et des anomalies de la puberté, mais également des spécialistes de l’adolescence normale et pathologique qui étudient des corrélats neuronaux et des structures cérébrales du phénomène de l’adolescence, des spécialistes de l’éducation pour aborder l’adolescent dans le cadre du collège, de l’école, des sociologues des linguistes qui travaillent sur l’inventivité sémantique des milieux d’adolescents etc. etc. C’est une recherche extraordinaire, passionnante qui est fondamentale qui est la raison d’être d’une université et qui ne peut être menée qu’au niveau universitaire et en aucun cas il ne serait question de s’appauvrir de ce point de vue là.
D’ailleurs j’observe que parmi les plans campus qui sont pratiquement sûrs d’être finanés, un des très grands sera totalement consacré aux sciences humaines et sociales : le campus Nord – Aubervilliers. Les collègues de Paris 13 sont venus nous voir pour que nous essayions effectivement de nous mutualiser, je suis complètement favorable. Je veux dire que cette marge de manœuvre qu’offre l’autonomie est une solution. […] La richesse de l’université est renforcée par la mutualisation et cette mutualisation est typiquement la politique que je désire mener.
Est-ce que la LRU a considérablement modifié les choses notamment par rapport à un fantasme tout à fait considérable que cet appel à des fondations et à des compléments d’abondement des moyens de l’université. Cela va-t-il amener l’université à perdre son âme, à changer ses objectifs et à devenir totalement pieds et mains liés les otages des intérêts privés ? En tant que directeur de laboratoire, la part du privé qui était toujours insuffisante était bien plus importante qu’elle n’était à l’université. J’aimerais bien en tant que Président d’université pouvoir être aidé par le privé autant que je l’étais en tant que directeur de laboratoire.
Je vais vous donner un ordre d’idée, dans l’université que je préside, lorsque nous aurons à payer les salaires - c’est à dire dès le 1er janvier 2009 - notre budget sera de 320 millions d’euros par an. Sur ces 320 000 millions d’euros c’est à peu près 220 000 millions d’euros pour les salaires, 30 à 40 millions d’euros pour nos provisions pour nos grands travaux, les grands investissements à long terme et à ce jour 80 millions d’euros pour le fonctionnement, dont environ 6 millions d’euros pour la recherche de manière très minoritaire par rapport à ce que les EPST et l’ANR donnent à la recherche puisque si l’on compte tout, la recherche à Paris 5 cela doit être 40 à 45 millions d’euros donc, simplement 6 millions d’euros par l’université. Honnêtement, parce que je connais bien ce domaine-là, si j’arrive, avec la fondation que je suis en train de créer, à récupérer 3 à 5 millions d’euros, je suis le plus valeureux de tous les présidents. Est ce que cela va profondément changer les marges que j’aurai pour mener une politique universitaire ? les équilibres au sein de l’université ? je crois il faut le dire que c’est un fantasme !

Alain Trautmann

Un premier point ponctuel concernant privé public : donc Axel quand tu dis que c’est un fantasme de dire « attention l’argent du privé ça va être les universités pieds et poings liés » personnellement je n’ai jamais dit cela, en revanche je dis que le désengagement de l’Etat, la diminution ou la stagnation des fonds publics est une catastrophe parce qu’on fera nécessairement appel au privé – j’inclus dans le privé le droit d’inscription. C’est du privé cela, les individus ce sont les familles.
Or, quand on regarde ce qui se passe dans les universités qui sont considérées par certains de nos dirigeants comme des modèles, on voit qu’à partir du moment où une véritable autonomie et en particulier de gestion est donnée aux universités, les droits d’inscriptions n’arrêtent pas d’augmenter. Quand on regarde ce qui se passe en Angleterre, en 2001 Tony Blair avait mis la limite aux droits d’inscription en premier cycle à environ 1500 euros, en 2006 : 4000 euros et maintenant les universités de tête -Oxford, Cambridge etc.- demandent que cette loi soit revue pour avoir le droit de demander un droit d’inscription par an en premier cycle à plus de 10 000 €. Ce genre de droit d’inscription n’est jamais compensé par les bourses ou par les emprunts parce que cela ne fonctionne pas. Quand on dit à des gens : « soyez des entrepreneurs de votre propre carrière, vous verrez, vous serez remboursé ultérieurement », comme par hasard les gens qui se sentent capables d’être les entrepreneurs de leurs propres carrières et de prendre des emprunts très lourds ce sont toujours les gens qui sont de milieux favorisés.
Donc je crois que les droits d’inscription qui vont s’aggraver sont quelque chose de dangereux. L’autonomie des universités et donc la nécessité de faire appel à l’argent du privé c’est cela aussi ; et donc à Paris Descartes, je suis certain que ton objectif à toi Axel n’est pas d’avoir les droits d’inscriptions les plus élevés possible mais si l’on n’a pas une action collective pour dire au gouvernement, il faut qu’augmentent les moyens publics pour les universités, alors on aura droit à cette augmentation de la part du privé. Donc en l’occurrence des familles. J’aimerais conclure d’une façon plus générale, il y a une chose qui m’a fait particulièrement plaisir c’est d’entendre des prises de paroles qui ne venaient pas seulement des biologistes « cochinois », mais d’entendre aussi des gens de SHS, en fait, il n’y a pas tellement d’assemblée où l’on entend les deux types de catégories s’exprimer simultanément, je pense que c’est très sain.
Enfin, il y a un premier RDV très proche (mardi 27 mai 14 h), je crois que cette « academic pride », cette marche de tous les savoirs est vraiment un moment important dans la période actuelle pour dire ce à quoi nous tenons, ce dont nous sommes fier et que nous ne voulons pas voir casser.

Axel Kahn

Il n’y aura pas que le mot de la fin parce qu’il y avait des questions je crois et il faut que j’y réponde !
Premièrement pour le collègue de Paris Diderot et c’est vrai que nous sommes des partenaires très chers de Paris Diderot, que nous espérons que nous allons encore nous rapprocher, et c’est vrai que personnellement je nourris l’espoir et le rêve d’une grande université pluridisciplinaire : en tout cas Paris Descartes et Paris Diderot je sais pas dans 3, 4, 5 ans…en fonction de cet idéal universitaire que je vous rappellerai en terminant mes propos.
En ce qui concerne le nombre d’étudiants dans les conseils, il y a des faux semblants. A Paris Descartes hormis pour le conseil d’administration, - ça n’a pas changé pour le CEVU ni pour le conseil scientifique - , les étudiants sont passés de 15 à 5 c’est dramatique il y a une diminution importante de la représentation des étudiants. Mais il faut dire que dans le même temps au niveau des membres élus, le nombre des membres du CA est passé de 60 à 22, donc 15/60 et 5/22 et que par rapport à ce qui existait dans la période antérieure, aujourd’hui tous les étudiants ont un suppléant donc il y a en permanence 5 étudiants en séance. Il y avait jamais 15 étudiants auparavant et dans la réalité le pourcentage de la représentation étudiante n’a pas diminué.
La précarité je suis totalement d’accord, je serai prêt à lutter avec vous, contre la précarité c’est ce qu’on essaye de faire c’est de recruter des enseignants chercheurs qui ont des postes qui ne sont pas des postes précaires, mais statutaires, et on essaye de le faire du mieux possible. Est-ce que j’étais satisfait de la manière dont cela a été fait auparavant, je ne peux pas vous dire si je suis satisfait de la manière dont cela est fait aujourd’hui, mais est ce que j’ai été satisfait de la manière dont cela était auparavant ?, non je ne pouvais pas en être satisfait. Les études ont été publiées récemment et confirmées par d’autres analyses. L’équité de ces recrutements n’était pas satisfaisant ; dans certaines villes, ce n’est pas vrai à Paris, dans certaines villes le surcroît de chance d’être recruté quand on était membre de l’université dans lequel le poste était affiché était de 540 fois plus important que pour quelqu’un de l’extérieur. Dans mon université le taux d’endogamie était de l’ordre, et reste de l’ordre de 5 fois. Bien évidemment les collègues de l’intérieur ne sont pas forcément supérieurs à 5 fois à ceux qui se présentent, et si nous essayons de faire un recrutement équitable, je dis véritablement équitable et pas totalement biaisé, cette situation n’était pas favorable et on ne pouvait pas persévérer dans un système qui aboutissait à ce résultat-là. Alors est-ce que le nouveau système va permettre d’améliorer ? Moi pour ce qui me concerne, c’est ce que j’essaye de faire et je vous dirai ce qu’il en est dans mon université puisque l’on va faire le bilan des premiers recrutements d’après la loi LRU. Il est inexact de dire qu’il y a une nomination des membres de comités de sélection sans aucun contrôle. En effet jadis les commissions de spécialistes étaient élues, à l’heure actuelle les comités de sélection sont proposés par le conseil scientifique élu, et ensuite désigné par le conseil d’administration également élu. Dans mon établissement, j’ai demandé que les propositions disciplinaires soient faites par les conseils élus de chacune des composantes. Et prétendre qu’il s’agit d’une nomination faite suivant les critères de l’arbitraire, là encore ce n’est pas une vérité, ce n’est pas une information exacte.
Les représentants des entreprises j’y suis favorable. Je vous le dis franchement, j’y suis favorable, d’ailleurs il y en a toujours eu, ce n’est pas nouveau. Il y a toujours eu des représentants extérieurs, entreprises ou pas, dans les conseils d’administration des universités. Et puis il ne faut pas se payer de mots, je veux dire que le but d’un président d’université n’est-il pas de former des jeunes à trouver un emploi dans le monde non pas tel qu’on aimerait qu’il fût mais tel qu’il est, dans le monde tel qu’il existe à un moment donné ? Parmi les gens qui vont offrir des emplois à nos jeunes, il n’y a pas que des laboratoires de recherche, des universités, des enseignants, il y a des entreprises. Et bien entendu l’université doit travailler en partenariat avec les entreprises. C’est totalement normal que les entreprises contribuent, en plus de leurs impôts, à la marche des universités qui forment leurs diplômés. Il existe huit membres extérieur dont trois sont là ès qualités, par exemple un représentant du département des Hauts de Seine ce qui est normal vu que l’on a trois composantes qui se trouvent dans ce département…En outre il m’a semblé important qu’il y ait un représentant, un membre extérieur, qui apporte véritablement cette vision que peut apporter maître Badinter. Il y a également trois industriels parce qu’ils représentent effectivement l’un des bassins d’emplois et je crois qu’il s’agit d’une politique qui peut être représentée et dont je n’ai certainement absolument pas honte. Le désengagement de l’Etat, il faut lutter de toutes ses forces contre ce désengagement de l’Etat.
Et s’il s’agit d’être avec vous pour dire la fierté de nos métiers de l’enseignement supérieur et de la recherche, il n’y en a aucune différence entre la fierté que vous affichez et ma fierté, nous sommes tous d’accord. En effet le désengagement de l’Etat est un risque contre lequel il convient de se mobiliser tous ensemble, bien entendu cela me semble tout à fait important. […]
Moi pendant 24 ans j’ai dirigé un laboratoire de recherche, je suis directeur de recherche à l’INSERM et j’ai mené cette carrière depuis 1974, et maintenant je suis président de l’université donc c’est tout à fait un autre métier. On pourrait me demander « est-ce que c’est un métier qui vous plaît ? est-ce que c’est intéressant ? ». C’est un métier absolument passionnant. Je trouve que la mission de l’université est une mission absolument extraordinaire, certes vraiment difficile, Comment faire en sorte que tous ces jeunes, il y a 35 000 jeunes à l’université Paris Descartes, que tous ces jeunes aient toutes leurs chances, les former au mieux possible, faire en sorte que les savoirs qu’on leur transmet soient des savoirs enrichis par la recherche, profiter à plein de l’élément pluridisciplinaire pour essayer de faire en sorte qu’il y ait cette fécondité croisée de la biologie, les sciences techniques par les sciences humaines et sociales ? Ce qui me semble très important, c’est également d’être un lieu de rayonnement et de culture et de civilisation. Pour moi c’est un défi qui me prend pas mal de temps, mais honnêtement dont je suis fier, et c’est la raison pour laquelle soit physiquement, soit moralement, je m’associerai à votre marche car je suis fier du métier que je fais.


"Je suis favorable à une coordination de toutes les recherches sur les sciences de la vie en France"

Axel Kahn


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