Editorial - L’Université que j’aime

par Axel Kahn - Président de l’Université Paris Descartes

L’Université que j’aime

J’aime l’Université, j’aime notre Université Paris Descartes, c’est là l’expression d’un sentiment et d’une émotion fondés sur une analyse et une vision.

Quel autre exemple que l’Université existe-t-il dans nos sociétés d’une communauté humaine dédiée au savoir, à l’enrichissement et au transfert des connaissances et des compétences dans tous les champs de manifestation de l’esprit humain ? Une communauté dont le dessein est de former cinquante pour cent d’une classe d’âge aux métiers et à la citoyenneté ? De faciliter pour ce faire l’appropriation par de jeunes adultes de tous les aspects de la culture, de les sensibiliser à la dimension de la créativité artistique, à la perception de l’émotion esthétique en tant qu’éléments essentiels de leur édification intellectuelle et contribution à l’acquisition de leurs aptitudes professionnelles. Une entreprise collective où le philosophe, le médecin, le sociologue, le mathématicien, le spécialiste de l’éducation sportive et le juriste conviennent ensemble d’un projet d’enseignement supérieur et de recherche le mieux susceptible de permettre à l’établissement d’atteindre ses objectifs.

L’Université dispose pour cela de ses deux piliers indissociables, la formation et la recherche. Ce sont là les deux aspects constitutifs de l’enseignement supérieur, il est tel parce qu’il est adossé à la recherche. A ce titre, la séparation historique entre les organismes de recherche qui concentrent, surtout dans certaines disciplines, les meilleures équipes, et l’Université à laquelle revient la charge de former les étudiants, en particulier les futurs chercheurs, était illogique, et d’ailleurs constituait une spécificité nationale. Cependant, la proposition inverse extrême du gouvernement, en 2007, de donner l’exclusivité du rôle de pilotage de la recherche aux opérateurs universitaires alors que les organismes seraient réduits à une mission d’agences de moyens apparaissait de son côté irréaliste.

En effet, l’expérience et la compétence accumulées au fil des décennies par ces puissants et brillants établissements que sont le CNRS, l’INSERM, l’INRA, l’INRIA et les autres sont irremplaçables, les nombreux succès remportés en sont des illustrations. Le prix Nobel récent décerné à Jules Hoffmann qui a fait toute sa carrière au CNRS, en témoigne. Avant lui, les autres prix Nobel français, souvent des universitaires, avaient tous réalisés leur recherche dans le cadre de puissants laboratoires associés aux organismes, parfois aussi à l’Institut Pasteur.

Très tôt après mon élection à la Présidence de Paris Descartes, j’ai été élu aussi Président de la Commission Recherche de la Conférence des Présidents d’Universités (CPU) et me suis attelé à défendre devant mes collègues, puis à mettre en œuvre avec eux un schéma de refondation du rôle respectif des organismes et des universités dans l’organisation et le pilotage de la recherche française. Le principe en est la mixité équilibrée telle qu’elle s’exerce dans des unités mixtes recherche copilotées par un opérateur local. – l’université – et un opérateur national – l’organisme de recherche. Ce devrait être là un système performant « à la française » déléguant, comme dans tous les autres pays, la responsabilité de l’organisation de la stratégie scientifique sur un site à l’Université, amenée à collaborer de manière étroite avec des organismes de recherche qui exercent leur responsabilité principale dans le maillage national de la recherche. Des accords cadres en ce sens ont été signés entre la CPU et tous les organismes de recherche et leur esprit aussi bien que leur lettre ont commencé d’être appliqués à Paris Descartes.

L’Université qui assume toutes ses responsabilités dans la mise en œuvre d’une dynamique de développement des savoirs qu’elle s’efforce de transmettre aux futurs diplômés afin d’en accroître les capacités à affronter les réalités d’un monde difficile et troublé, se doit également de tisser des liens étroits avec le tissu socioéconomique dans lequel elle est insérée. C’est là que travaillerons ses diplômés, ce sont les bénéficiaires possibles de maintes innovations issues des activités de recherche académique. La Fondation Paris Descartes, les Rencontres Universités-Entreprises et autres initiatives ont en effet permis le développement d’un partenariat renforcé avec de grandes sociétés industrielles alors que la participation à la création et au développement de jeunes entreprises innovantes, beaucoup issues de la recherche de l’Université, a progressé en coopération étroite avec, par exemple, Paris Biotech Santé dont Paris Descartes est co-fondatrice.

Une Université réputée pour sa recherche et sa formation, résolument pluridisciplinaires, coopérant sur un pied d’égalité avec des organismes nationaux de recherche, contribuant au développement économique de la ville et du pays, a une responsabilité supplémentaire lorsqu’elle inclut trois grandes composantes hospitalo-universitaires tel que Paris Descartes.

L’hôpital est alors le lieu d’exercice de tous les enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires et celui de la formation des futurs professionnels de santé. Il est aussi à la base de la recherche clinique et de nombreux axes de recherches dont le progrès médical constitue la finalité.

Aussi, l’Université que j’aime devait-elle tenter aussi de ré-établir les bases d’une activité hospitalo-universitaire dans l’esprit du père de la réforme éponyme, le Professeur Robert Debré, un ancien de l’Hôpital Necker - Enfants Malades. Cet effort devait aboutir à la signature le 2 mars 2011 du premier contrat d’objectifs entre l’AP-HP et une grande université biomédicale.

Enfin, faire partager l’attachement profond que j’éprouve pour l’Université au plus grand nombre est à la fois un besoin et une mission, le rayonnement en est le moyen.

Le rayonnement est intellectuel, scientifique, médical, pédagogique, j’ai tenu à le compléter par une visibilité culturelle au cœur de la Ville Lumière, dont pourrait se réjouir la population et dont nos étudiants et personnels auraient de quoi être fiers.

Ce furent ces prestigieuses expositions sur le thème du corps, ces concerts, ces nouvelles associations culturelles étudiantes, les superbes cérémonies de collation des grades en Sorbonne, un réel sentiment d’appartenance qui se développe.

Une émotion, ai-je avancé en débutant cet éditorial, adossée à maintes raisons d’être fier de notre Université Paris Descartes. « L’Université, aimons la », tel est le slogan de la Conférence des Présidents d’Universités. En effet, je me retrouve, nous nous retrouvons dans cette injonction à laquelle il convient d’en ajouter une autre :

« Notre Université, façonnons la de sorte que nous soyons conduits à l’aimer mieux encore ».


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