Editorial : promesses et menaces de temps bouleversés

par Axel Kahn, Président de l’Université Paris Descartes

Depuis la Loi LRU d’août 2007, le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur est en profond bouleversement.

S’y surajoutent aujourd’hui les craintes liées à la gravité de la crise financière et économique que traversent les pays d’Europe et les Etats-Unis, et les espoirs engendrés par les promesses de l’Emprunt National pour les Investissements d’Avenir.

Sur le premier plan, l’Université est devenue, en 2009, un établissement public autonome déterminant lui-même les meilleures manières de remplir la mission de service public de la recherche et de l’enseignement supérieur que la Nation lui a confiée. Elle dispose à cette fin de marges nouvelles pour établir un projet et y allouer des moyens prélevés sur un budget global. A l’Université Paris Descartes, cela s’est traduit par des mesures dont chacun peut se féliciter : fort accroissement du budget de la recherche, augmentation du nombre des contrats doctoraux, lancement des appels à projet d’initiative pédagogique, développement du plan handicap, revalorisation indemnitaire des BIATOSS, application à l’Université du référentiel des missions des enseignants-chercheurs, développement de notre politique culturelle et sportive, etc. Nul doute que ces différentes actions contribuent au progrès de notre « maison commune ».

Cependant, personne n’est naïf, de lourds nuages pèsent sur toutes les nations européennes et l’Amérique du Nord – et leurs universités. Nous connaissons une crise économique sans doute plus structurelle que conjoncturelle ; elle sera profonde, cruelle et sans doute prolongée. Tout autour de nous, en Italie, Espagne, Belgique, Pays-Bas, etc... et de manière encore plus brutale, en Angleterre, les budgets de la recherche et de l’enseignement supérieur sont, au mieux, ralentis dans leur progression ou gelés, voire grignotés ou franchement coupés. En France même, les crédits de fonctionnements des organismes de recherche sont, en 2011, en diminution sensible et les budgets des universités sont pour l’essentiel reconduits, ce qui altère quelque peu les marges de manœuvre du fait du glissement technique de la masse salariale. C’est dire que notre établissement doit à tout prix s’efforcer de faire le meilleur usage de ses moyens, au bénéfice de ses missions et objectifs, de ses étudiants et de ses personnels. Compte tenu des incertitudes économiques, il doit aussi s’employer à faire fructifier sa réputation, sa position nationale et internationale et la qualité reconnue de ses équipes de recherche, de s’appuyer sur elles pour drainer de nouvelles sources de financement. Tel est l’objectif de la création de la Fondation Universitaire Paris Descartes, qui s’efforce d’attirer au profit des actions de notre Université les dons de mécènes, le cas échéant des legs, les financements industriels de programmes partenariaux, etc.

Notre Fondation a commencé de « décoller », mais il faut être réalistes. Même si son succès s’amplifiait considérablement, elle ne constituerait au mieux qu’une source relativement secondaire, quoique non négligeable, pour mener à bien certains projets. La France n’est pas de ce point de vue les Etats-Unis d’Amérique, et l’Université ne peut pas encore compter sur la générosité de ses anciens comme le font les plus prestigieuses des Grandes Ecoles d’ingénieur et de management. C’est pourquoi nous avons mis en place, il y a plus de deux ans déjà, un service centralisé chargé de valoriser notre patrimoine immobilier à sa juste – et grande – valeur. D’ores et déjà, cette réorganisation a permis à nos composantes et à l’Université dans son ensemble d’accroître de manière significative leurs ressources propres. Il s’agit cependant, dans ces deux cas évoqués, de ressources d’appoint qui ne sauraient nous permettre d’assurer notre développement dans le futur.

C’est pourquoi, la procédure de l’Emprunt National pour les Investissements d’Avenir, dont les principales caractéristiques sont rappelées dans ce numéro des Di@logues de Descartes, constitue pour notre Université et ses partenaires du PRES Sorbonne Paris Cité, un objectif essentiel. Quelles que soient les questions que nous nous posons du fait de la complexité et de la lourdeur des procédures de réponses aux appels d’offre, un succès dans cette rude compétition donnera sans doute accès à d’importantes ressources garanties dans la durée, dix ans pour le financement des laboratoires d’excellence et autres projets… définitif (autant que ce terme ait un sens) en ce qui concerne les sites bénéficiaires d’une « Initiative d’Excellence ». Les sommes concernées sont conséquentes, de nature, s’il est possible d’en bénéficier, de considérer l’avenir proche et à moyen terme avec plus de sérénité.

Bien entendu, Paris Descartes et ses partenaires du PRES Sorbonne Paris Cité ne sont pas disposés à passer sous toutes les fourches caudines comme d’aucun ont semblé parfois l’exiger pour goûter au pactole. Nous avons une vision claire de ce qu’est l’Université, de ses évolutions possibles et de ses objectifs. Un projet de fusion entre les universités Paris Descartes et Paris Diderot a été discuté dans notre établissement et proposé dans notre projet quadriennal. Notre Université a constitué l’élément moteur de la création de Sorbonne Paris Cité, j’en ai été le premier Président intérimaire. C’est dire que nous sommes prêts à évoluer, à changer, mais toujours pour le même motif, mieux accomplir grâce à ces réorganisations notre mission universitaire de service public.


12, rue de l'école de médecine Paris 6ème | contact | n°ISSN |