Les actions de l’Université Paris Descartes dans les lycées : agir en amont sur la réussite en licence

par Valérie Sacriste, Maître de conférences en Sciences sociales, chargée de mission SOFIP

La réforme des Lycées qui sera mise en place à la rentrée 2010-2011 insiste sur l’orientation des lycéens et dans ce cadre sur les liaisons nécessaires entre les études secondaires et supérieures. L’Université Paris Descartes se mobilise depuis longtemps dans cette optique au travers de trois types d’actions menées sur le terrain par le SOFIP et son équipe de tuteurs étudiants.

Tuteurs

Figure 1 L’équipe des tuteurs étudiants et du SOFIP de l’Université Paris Descartes 2010

« A nous la fac ! »
Organisé à l’initiative du CIO (Centre d’Information et d’Orientation) enseignement supérieur de Paris depuis 2004, le dispositif « A nous la fac » vise à informer les lycéens de terminale des établissements publics parisiens sur les formations universitaires et l’orientation active.
Les actions se déroulent à la Sorbonne, les mercredis après-midi de novembre à décembre sous forme d’ateliers thématiques axés sur les champs disciplinaires de l’université. Leur principe repose sur des témoignages de tuteurs issus des universités franciliennes et sur des échanges individualisés entre les étudiants et les lycéens.
La participation à ce dispositif demeure, au grand regret du CIO, facultative pour les établissements comme pour les lycéens. En 2009, 279 élèves de terminales de trente six lycées sur les 71 lycées publics de Paris ont profité de ce dispositif (Cf. CIO. Enseignement supérieur de Paris, bilan de l’action « A nous la Fac ! » 2009, janvier 2010).
La participation aux ateliers a cependant été variable selon les types de bacs des lycéens et les thèmes des séances. Pour les séries de bac, toutes séances confondues, ce sont les élèves de la série S qui ont été les plus présents (48%), les élèves de ES et de L se répartissant à égalité (25% et 23%). Les élèves de terminale technologique n’étaient en revanche que 4% à avoir suivi ces rencontres. Concernant les disciplines présentées, ce sont les ateliers Santé et Droit – Economie – Gestion (85 élèves chacun) qui ont été les plus fréquentés, suivis de l’atelier Lettre, Langue-Communication-Arts (68 élèves). L’atelier Mathématiques-Informatique-Sciences et celui de Sciences Humaines et Sociales ont eu une participation plus modérée. Selon le directeur du CIO, Michel Muller, « La défection marquée de l’atelier consacré aux études scientifiques se confirme année après année et mérite d’être interrogée. La faiblesse du public accueilli pour l’atelier consacré aux Sciences Humaines et Sociales est en revanche inédite. Renvoie-t-elle au manque de lisibilité des métiers auxquels conduisent ces parcours ? ». Une réflexion entre le CIO et le SOFIP est en cours à ce sujet.
Il s’avère toutefois que les premiers vœux effectués sur le dispositif des admissions post bac (APB) sont plutôt encourageants pour l’Université Paris Descartes car comparativement à 2009, la composante Maths-informatique enregistre une hausse de premiers vœux de 40% et celles des Sciences Humaines et Sociales de 12%. Certes les lycéens ont jusqu’en juin pour confirmer leurs premiers vœux.

Figure 2 L’affiche Cap en fac informant les lycéens des interventions des Universités (Lycée Villon. 2010)

« Cap en fac ! »
Créé par la Mairie de Paris en 2006, le dispositif « Cap en fac ! » est destiné aux établissements publics classés politique de la ville. Il cible des lycéens qui, pour des raisons diverses et variées, ne pensent pas d’emblée et nécessairement à l’intérêt d’accomplir une démarche d’information sur l’orientation et/ou qui sont susceptibles de s’inscrire par défaut à l’université. Les actions sont menées en collaboration avec les Universités du PRES (de 2006 à 2009 avec Paris 1 et Paris 7, en 2010-2011, avec Paris 3 et Paris 7) et en partenariat avec les lycées R. Verlomme (15e Ar), F. Villon (14e Ar), F. Rabelais (18e Ar.), P. Valéry (12Ar.), J. Lurçat (13e Ar).
Les actions ont lieu dans les établissements et ce, de fin décembre à début mars. Obligatoires, elles ont été suivies, en 2009-2010, tous lycées confondus par environ 550 élèves de terminale générale ou technologique (majoritairement STG et STSS).
Dans leur contenu, les interventions Cap en fac s’attachent à informer les lycéens sur la formation, la vie, les débouchés de l’université et de l’IUT. Elles entendent également les sensibiliser aux exigences des disciplines et leur donner autant les codes du langage universitaire (« c’est quoi une UE ? ») que de clefs pour optimiser leurs chances de réussite. Elles insistent de la sorte sur les cours de remise à niveau en prérentrée, sur l’importance des enseignants–référents, des tuteurs, les cours de soutien, les méthodes de travail universitaire, le type d’exercices demandés dans les disciplines (etc.). Elles soulignent également les possibilités de réorientation et les multiples passerelles entre les disciplines et/ou les filières.
Dans leur forme, les interventions sont animées par trois enseignants chercheurs. Dans leur cœur, elles reposent sur la participation dynamique des trente tuteurs étudiants des trois universités Sourire aux lèvres, ils expliquent leur parcours, témoignent sur les bonheurs et difficultés du métier d’étudiant et dispensent fièrement des conseils à leurs cadets tout en rassurant ces derniers quant à leur doute de réussir à l’université : « Travailler, croire en soi : c’est ça le secret », explique Marion tutrice de l’Université Paris Descartes. Compte tenu des souhaits exprimés par les élèves des années antérieures, les tuteurs étudiants de l’Université Paris Descartes ont fait visiter les sites de composantes aux lycéens qui le souhaitaient. L’objectif de ces visites (menées à titre expérimental en 2010) avait pour but de familiariser les futurs bacheliers au monde universitaire ; un monde qui les effraye souvent compte tenu de l’absence de repères et des prénotions qu’ils en ont.

Lycée Ravel

Figure 3 La conférence échange au lycée Ravel (janvier 2010)

Les Journées de l’Excellence et de la Réussite
Proche dans l’idée du dispositif de l’action Cap en fac, les Journées de l’Excellence et de la Réussite s’inscrivent dans le cadre d’un dispositif désormais labélisé sous le titre de Cordées de la Réussite. Elles ont vu le jour en 2010, lancées à l’initiative des Ministères de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le Secrétariat d’Etat à la Politique de la Ville et le Commissariat à la Diversité et à l’Egalité des Chances.
Le but de l’opération était de motiver les lycéens peu sensibilisés socialement à l’existence des filières de l’enseignement supérieur à suivre cette voie en les informant sur les conditions d’accès et de réussite de ces formations.
L’opération nationale a eu lieu le vendredi 29 et samedi 30 janvier 2010. Elle a été impulsée à l’Université Paris Descartes par la VPCEVU MH. Jeanneret et organisée par le SOFIP en partenariat avec Mme Pointereau et Mme Brunschwig, respectivement proviseure et conseillère principale d’éducation au lycée Maurice Ravel.
Situé dans le 20e arrondissement de Paris, l’établissement a été choisi par le SOFIP parce qu’il demeure un des lycées sources d’étudiants pour l’Université Paris Descartes mais aussi en raison des caractéristiques scolaires et sociodémographiques diverses et variées de ses 500 lycéens en terminale essentiellement générale.
L’objectif de l’opération a consisté concrètement à démystifier certaines formations pour lutter contre les phénomènes d’autocensure que certains jeunes manifestent à l’égard de celles-ci et notamment envers les filières sélectives comme les études de santé ou celles de l’IUT.
Dans cette optique, les actions ont été multiples. Les lycéens ont assisté à une conférence échange sur les formations de l’université Paris Descartes centrée sur le plan réussite en licence et la professionnalisation des études universitaires. Elle visait à tordre le cou aux préjugés selon lesquels la fac mène à l’échec ou au chômage. Ils ont rencontré et échangé individuellement avec 26 tuteurs issus de différentes disciplines. Encadrés par ces derniers, ils ont visité les sites des disciplines, découvrant les amphithéâtres, les salles de TD, les salles informatiques, la bibliothèque, les associations étudiantes, assistant aux interventions des enseignants chercheurs qui, dans toutes les composantes, les ont accueillis pour leur présenter leur discipline et le L1. Les lycéens ont également, pour une vingtaine d’entre eux, grâce à l’aide du Président Axel Kahn, pu se rendre à l’Hôpital européen Georges Pompidou, échangeant dans ce cadre avec le Professeur Gérard Friedlander et Anne Marie Ferry sur la réforme des études en médecine mais aussi et surtout sur le parcours personnel et professionnel d’un médecin. « Monsieur, vous pouvez nous raconter votre vie ? ; Pourquoi médecine ? ; Avez vous réussi du premier coup le concours ? ».
Enfin, les lycéens ont rencontré les étudiants autour d’un match de volley orchestré par le directeur du SUAPS Paul Alart ; l’optique de cette mini compétition visait à favoriser les échanges entre les générations mais à montrer aussi que la fac est un lieu d’épanouissement sportif et personnel. In fine les actions prévues pour 150 élèves pour des raisons logistiques ont été suivies par environ 320 lycéens de terminales qui forts convaincus de l’importance de ces actions ont réussi à convaincre leurs professeurs de les laisser y assister.

Friedlander

Figure 4 Rencontre entre le Professeur G. Friedlander , Anne Marie Ferry son assistante et les lycéens de M. Ravel à l’Hôpital Georges Pompidou (Janvier 2010)

Conclusion
Ces actions dans les lycées visent à informer, échanger et à sensibiliser les terminales sur les études universitaires afin de faciliter leur orientation, la réussite de leur étude et leur intégration.
Le défi du SOFIP est ainsi d’agir en amont pour éviter les décrochages et les échecs en licence. Il est aussi animé du souci de montrer que la fac est un levier de développement personnel et professionnel.
Or, certes sur le plan qualitatif ces actions sont jugées bénéfiques par les lycéens : " ça nous a permis de nous situer un p’tit peu et de savoir où on pouvait aller en fait. Certaines filières on pensait que c’était ça, et en fait c’est pas du tout ça, c’est plus autre chose", explique Rachel actuellement en terminale STG au lycée François Villon. Donc c’est bien parce que nous, on est plus clair dans notre tête parce que c’est n’importe quoi, ils nous disent des trucs, on a des infos qui viennent de partout et faut passer notre temps à décrypter en fait. Entre les CPE, les brochures, ce qui disent à la TV… ils nous mettent des idées dans la tête et c’est pas forcément ça en fait ». Quantitativement les enquêtes menées entre autres par Le CIO et le SOFIP confirment aussi ce verdict : 62% des lycéens ayant suivi les opérations Cap en fac déclaraient avoir appris des choses qu’ils ne connaissaient pas et notamment sur le fonctionnement de l’université et l’encadrement des études (V. Sacriste, Rapport d’Enquête sur l’évaluation des actions cap en fac réalisée en 2008-2009, Mairie de Paris, 2009).
Toutefois, il importe de relativiser ce satisfecit car si les actions lycéens de l’Université Paris Descartes ont permis de rencontrer et d’informer environs 1100 lycéens, ce nombre demeure faible au regard de la totalité d’élèves de terminale franciliens et des 4160 néobacheliers qui entrent en moyenne à l’Université Paris Descartes chaque année. Aussi, il s’agit de réfléchir à l’extension de ces actions.
Le développement des journées d’immersion à l’instar de celles de l’Institut de psychologie, de l’UFR de mathématiques - informatique ou de l’IUT serait une des solutions. Le message est lancé aux composantes. Le SOFIP et son équipe de tuteurs étudiants est là pour les aider à les organiser.

Suaps

Figure 5 Paul Alart et son équipe du SUAPS au lycée Ravel

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