Le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) "Université Paris Cité"

par Axel Kahn, Président de l’Université

Les trois conseils de l’Université Paris Descartes ont, en ce mois de décembre 2009, voté à une très large majorité la création du PRES Université Paris Cité dont notre établissement est l’un des principaux fondateurs : par 17 voix sur 21 en CA, à l’unanimité en CEVU et par 21 voix sur 23 en CS.

En principe, l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) sera le dernier établissement du PRES à se prononcer le 17 décembre. Si tout se passe bien, on peut alors espérer une création du PRES par décret en janvier 2010, et une annonce le même mois de la dotation gouvernementale en capital non consomptible. Restera ensuite à bâtir ensemble, à négocier avec les collectivités territoriales pour préciser les formes de leur aide, à innover, à expérimenter… Il me paraît utile de revenir sur l’histoire de la construction de ce PRES. Je préciserai ensuite ce qu’il m’apparaît représenter, ce en quoi il pourrait constituer un moment important de l’évolution de l’Université française.

I. Une « gestation » chaotique

Le premier janvier 2008, la situation des alliances entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche à Paris était en apparence déséquilibrée, mais limpide.
Lancée par Gilbert Béréziat, ancien Président de l’Université Pierre et Marie Curie, le consortium « Paris Universitas » dominait le paysage. Il comprenait les universités Paris 2, Paris 3, Paris 6, Paris 9, l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et quelques autres établissements. Sciences Po avait développé un partenariat avec l’UPMC-Paris 6 et l’INALCO était plus ou moins dans la mouvance de cette alliance. L’Université Paris 4, présidée par Jean-Robert Pitte cultivait un splendide isolement. Paris 5 et Paris 7, qui s’étaient rapprochées depuis 2004, avait constitué avec Paris 1, à partir de 2006, une alliance faisant face à Universitas, connue sous les initiales PCU (Paris Centre Université). Le bouleversement décisif de ce beau déséquilibre survint à la suite du lancement par l’Etat du plan Campus dont les promesses, d’ailleurs très surévaluées à l’époque, devaient déchaîner les convoitises individuelles et dynamiter les solidarités antérieures, et cela dans tous les ensembles.

I.1. Eclatement d’Universitas, alliance avec Paris 4 Le remplacement de Jean-Robert Pitte par Georges Molinié à la Présidence de Paris 4 Sorbonne allait permettre à cette dernière université de venir renforcer Universitas, en lui apportant en dot l’essentiel des locaux et du nom Sorbonne. Cependant, l’ENS-Ulm décida dans le même temps de fédérer autour d’elle presque tous les Grands établissements de la Montagne Sainte-Geneviève, et du Quartier Latin, jusqu’au Collège de France, au Muséum d’Histoire Naturelle et à l’Observatoire de Paris. Ce rassemblement d’établissements déposa un projet Campus « dissident » de celui d’Universitas. En ce qui concerne Paris 9 Dauphine, elle présenta un dossier de son propre chef alors que l’EHESS se rallia au projet Campus Condorcet, dans le Nord de Paris et à Aubervilliers.

I.2. Campus Condorcet et l’éclatement de PCU

L’Etat, la Région et la Ville de Paris convergeaient pour regrouper dans le nord de la Ville et à proximité, diverses installations destinées à accueillir des établissements et composantes de sciences humaines et sociales, en particulier l’EHESS et la MSH chassées du Boulevard Raspail par les travaux de désamiantage, l’EPHE, des locaux de P1, de P8, de P13 et autres établissements. L’importance pour son université de cette opération poussa le Président de P1 à annoncer à ses partenaires de PCU que son établissement s’associerait au projet Campus Condorcet, et non à un projet P1-P5-P7 (PCU). Paris Descartes et Paris Diderot n’eurent de ce fait pas d’autre alternative que de présenter un projet campus à elles deux.

I.3. Avril 2008, le coup de tonnerre du premier tour de l’évaluation des projets Campus

En avril 2008, les premiers résultats de l’opération Campus tombèrent ; ils étaient décoiffants. Six projets non franciliens étaient acceptés, aucun en Ile-de-France. Cependant, un « deuxième tour » était annoncé pour quatre dossiers supplémentaires, une courte liste de sept étant présentée comme réunissant des dossiers « prometteurs » ; parmi eux, Saclay, Condorcet (Campus dont la création était certaine car répondant à une volonté politique d’aménagement du territoire) et….. Paris Descartes-Diderot.
Les commentaires étaient plutôt négatifs pour le projet ENS-Montagne Sainte-Geneviève. Les postulants à ce tour de rattrapage devaient déposer le dossier au début de l’été pour une réponse attendue à la veille du 14 juillet. L’union Paris Descartes-Diderot décida alors, pleine d’espoir, de jouer toutes ses chances en améliorant son document et en s’associant à de nouveaux partenaires, logiques sur le plan thématique et géographique. Un projet, très original, je crois, de « Campus Universitaire de Centre Ville » fut élaboré avec en renfort, nos voisins de Sciences Po et de l’Observatoire de Paris, l’Institut de Physique du Globe se ralliant afin de compléter la fresque du champ des sciences de l’univers à Paris. L’ENS et ses partenaires, de même que Paris 9 Dauphine, fusionnèrent quant à eux leur dossier avec celui d’Universitas.

I.4. Hâtons-nous…. de ne pas choisir

Nos espoirs et ceux de nos partenaires étaient, avouons le, immenses avant le 10 juillet. Hélas, sans doute soumis à des pressions intenses, le comité Campus confirma la création des campus Saclay et Condorcet mais, pour Paris Intra Muros, différa sa décision, la reportant après la réalisation d’un audit administratif sur « l’immobilier universitaire parisien ». Réalisé par l’IGAENR, l’Inspection générale des finances et le Conseil des Ponts, ce dernier fut rendu public à la fin de l’année 2008. La ministre annonça que, sur ses bases, un Chargé de Mission, Bernard Larrouturou aiderait les établissements parisiens à « structurer » des projets tenant compte des conclusions de l’audit. C’est dans cette dernière phase que notre propre projet pris le nom « d’Université Paris Cité ». L’ENS et ses partenaires reprenant leur indépendance, elle fut rejointe par l’Observatoire de Paris. En revanche, deux Grands Etablissements adhérèrent au schéma d’Université Paris Cité, l’EHESP et l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, INALCO. Très vite, les perspectives d’Université Paris Cité apparurent à ce point prometteuses que Paris 1 (à nouveau), quoique impliqué dans le Campus Condorcet, demanda à s’y associer, de même que Paris 13 Nord. L’Institut de Physique du Globe, déjà notre partenaire pour le projet de l’été 2008, confirma son intention d’être de l’aventure. De manière parallèle, la Sorbonne Nouvelle Paris 3, mal à l’aise dans l’alliance Universitas, manifesta son souhait rejoindre aussi « Université Paris Cité ». L’ENS, quant à elle, s’efforçait de créer un consortium d’établissements proche de celui déjà présenté au premier tout du plan Campus en avril 2008.

I.5. Une logique politique d’aménagement du territoire

A ce stade, différentes autorités de l’Etat intervinrent pour faire valoir qu’un ensemble reconstituant plus de la moitié de l’ancienne Université de Paris, regroupant 160.000 étudiants et 10.000 doctorants, créait un monstre peu compatible avec une structuration harmonieuse du paysage universitaire francilien. Des propositions furent faites à P1 pour qu’elle accepte de se désolidariser d’Université Paris Cité, et à P13 pour que, dans un premier temps, elle se résigne, à son corps défendant, à n’avoir qu’un statut d’associé.

A la fin de l’année 2009, le paysage des PRES et autres regroupements parisiens est dont le suivant :

- Université Paris Cité, le seul PRES dans Paris intra muros à avoir choisi d’acquérir la personnalité morale d’un Etablissement Publique de Coopération Scientifique (EPCS).
- P2/P4/P6, qui sont liés par une convention d’association type loi de 1901 et qui revendiquent – le sujet est hautement conflictuel – de se dénommer « PRES La Sorbonne ». Les universités P1, P3 et P5 appuyés par la Ville de Paris et le Rectorat, contestent cet accaparement du nom de Sorbonne.
- P1, qui aimerait créer un PRES avec des grands établissements et fondations type l’EHESS, l’EPHE, l’Ecole d’Economie de Paris. Voire s’allier étroitement avec le CNAM, l’ENS et l’ENA.
- La Montagne Sainte-Geneviève (Paris Lettres et Sciences)
- Paris 9 Dauphine, qui s’est installée à la Défense avec des formations de Paris 10 et de ce qui reste du pôle Léonard de Vinci.

II. Ce que pourrait être Université Paris Cité

Le but d’Université Paris Cité est de mieux réaliser, de concert, les missions de chacun de ses membres : la formation, la recherche, la professionnalisation, l’amélioration de la valorisation, le rayonnement culturel, la coopération européenne et internationale, la vie étudiantes (culture, sport, santé, logement). Dans le domaine de la formation et de la recherche, les coopérations entre équipes membres du PRES sont déjà importantes ; partant du désir des chercheurs et enseignants-chercheurs de travailler ensemble, elles sont appelées à se développer de manière considérable, en profitant à plein des complémentarités entre les établissements et de la richesse potentielle des interfaces interdisciplinaires.

Le PRES n’est pas conçu comme une sorte de « navire amiral de la flotte », de « holding » d’un groupe industriel, en charge du pilotage stratégique de ses membres, mais comme une « filiale » commune à tous les établissements, restant sous leur responsabilité, filiale à laquelle ils délèguent les missions qu’ils désirent mutualiser pour des raisons de visibilité et d’efficacité.
Les PRES doivent être vus comme une solution possible, a priori logique, à un dilemme de l’enseignement supérieur dans notre pays, à savoir la double mission des universités auxquelles il revient d’accueillir sans sélection toute une classe d’âge parvenue au baccalauréat mais aussi d’entrer en compétition académique avec les plus prestigieuses universités du monde en ce qui concernent les masters, les doctorats et la recherche. Certains préconisent la dissociation entre ces deux objectifs, les jugeant peu compatibles. Selon cette analyse, il conviendrait de privilégier la création d’universités de premier cycle (des « colleges » à l’américaine) et des « hautes écoles (high schools), réservées à une élite poursuivant ses études en second et troisième cycle. Tous les membres du PRES Paris Cité refusent un tel schéma et se déclarent très attachés à l’unité de l’université, à sa capacité d’accueillir et de former les jeunes bacheliers, de les professionnaliser et d’en conduire le plus grand nombre possible vers les masters et les doctorats. Reste à reconnaître qu’une université française de 35.000 étudiants, ce qui est notre cas, compte environ 1600 doctorants, alors que les grands compétiteurs étrangers (Harvard, MIT, Oxford, Cambridge…) ont entre 15.000 et 20.000 étudiants … mais plus de six mille doctorants travaillant au sein d’un ensemble puissant d’équipes de recherche.

Le PRES constitue une solution pour affronter le double défi, continuer de faire au mieux pour assumer la mission confiée par la Nation – accueillir tous les bacheliers et les former, les aider à bien démarrer dans leur vie d’adulte – d’une part, rivaliser avec les meilleurs pour la formation des élites et la recherche, d’autre part. Ce second objectif devrait en effet bénéficier d’une large mutualisation des établissements du PRES aux niveaux masters, doctorat et recherche, avec les effets escomptés des collaborations scientifiques entre les équipes, et de la création d’un ensemble qui, avec ses 6000 doctorants et ses très nombreuses formations de recherche, peut se comparer aux plus dynamiques universités étrangères. L’accroissement de la visibilité internationale de l’ensemble, qui bénéficiera de la convergence des notoriétés individuelles devrait être de nature à augmenter l’attractivité envers d’excellents étudiants, chercheurs et enseignants-chercheurs venus de partout.

Bien entendu, ce ne sont là que des perspectives, mais elles sont plausibles. C’est maintenant à nous de les transformer en réalité. La création du PRES nous donne pour ce faire des moyens nouveaux.

Une ambition légitime, en somme.


12, rue de l'école de médecine Paris 6ème | contact | n°ISSN |