Dialogues de Descartes n°10
n°10 Décembre 2011
 

Articles de cette rubrique

Editorial - Hier, aujourd’hui et demain... L’Université
par Axel Kahn - Président de l’Université Paris Descartes

C’est au tournant du XIIe au XIIIe siècle que naissent en Europe les universités proprement dites, avec leurs chartes et la coexistence de plusieurs facultés, au départ la théologie, le droit, la médecine et les arts libéraux. Avec Bologne, Oxford et Salamanque, l’Université de Paris est l’une des premières à se constituer. Elle connaîtra une « éclipse » de près d’un siècle après sa dissolution par la Convention Révolutionnaire (1793) et jusqu’à sa reconstitution en 1889, par la IIIe République. Cependant, les facultés avaient été rétablies de façon progressive dès 1794 (Ecole de médecine), puis 1804 (Faculté de droit).

Jusqu’à la loi Edgar Faure de 1969 et la division qui s’ensuivit de l’Université de Paris en treize établissements en 1972, l’Université est en réalité une juxtaposition de grandes facultés (sciences, médecine, droit, lettres, etc.) surmontées par une structure administrative au sommet de laquelle trône le Recteur, nommé par l’Etat. La vie académique reste cependant cantonnée aux facultés et la couverture universitaire est impuissante à impulser, par exemple, une vraie interdisciplinarité. Cette dernière n’est hélas pas favorisée, dans l’immense majorité des cas, par le découpage de 1972. La plupart des nouvelles universités regroupent en effet seulement un sous-ensemble de disciplines, par exemple, les sciences (Paris 6 et Paris 11), les humanités (Paris 3 et Paris 4) auxquelles s’associent le doit et l’économie (Paris 1). Paris 2 est une subdivision de la grande faculté de droit de Paris. Seules Paris 5 et Paris 7 sont, dans Paris intra muros, plus interdisciplinaires, quoique encore de façon imparfaite. Il manque une authentique faculté des sciences à la première alors que la seconde est dépourvue de sciences juridiques et d’économie-gestion.

De plus, les UFR de médecine ont un statut dérogatoire qui leur confère en fait l’essentiel des prérogatives dévolues aux universités elles-mêmes, ce qui constitue un facteur supplémentaire d’obstacle aux échanges entre les disciplines, que ce soit au niveau de la formation ou à celui de la recherche.

Ce statut particulier des UFR médicales fut supprimé en août 2007 par la loi Libertés et Responsabilités Nouvelles des Universités (LRU). Cependant, c’est l’application de la Loi de 2006 sur la Recherche, avec la constitution des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES), puis l’accélération impulsée par le plan Campus et les Investissements d’Avenir, qui pourraient sans doute le mieux donner toutes ses chances à une vraie dynamique d’Université globale présente dans tous les champs du savoir et susceptible de ce fait de développer d’authentiques formations et recherches interdisciplinaires.

En ce qui concerne notre université, une telle dynamique s’est incarnée dans la création du PRES Sorbonne Paris Cité, largement liée à l’action de Paris Descartes entre 2008 et 2010.

Dès qu’officiellement reconnu par le décret de février 2010, le PRES Sorbonne Paris Cité s’est attelé à la tâche nouvelle et prioritaire de répondre à l’appel d’offre « Initiative d’Excellence » dont les caractéristiques sont maintenant connues de tous. Les lauréats – sans doute entre sept et neuf dans toute la France – se verront à terme dotés d’un capital de 700 millions à 1 milliard d’euros, en pleine propriété. Le capital ne pourra pas être consommé mais ses revenus (environ 30 millions par an) viendront, chaque année, abonder les projets retenus. Après un premier échec lié à ce que l’organisation proposée du PRES et de l’IDEX était à des années lumières de ce que désiraient le jury et l’Etat, la décision a été prise de concourir à nouveau. En effet, l’évolution des finances publiques et leurs conséquences sur l’enseignement supérieur et la recherche sont telles que l’inquiétude est légitime de ce que sera la situation des grandes universités de recherche non lauréates à l’Initiative d’Excellence.

Les établissements de Sorbonne Paris Cité, après consultation de leurs conseils, ont décidé tous ensemble de redéposer un dossier en suivant à la lettre les recommandations du jury. Celles-ci impliquent que l’IDEX se fixe deux objectifs complémentaires. Le premier est bien sûr d’assurer le meilleur pilotage et la gestion la plus transparente des projets retenus et primés au titre des Investissements d’Avenir. Le second est de nature différente : constituer un catalyseur pour structurer et consolider une vaste université globale de rang mondial.

Le projet d’IDEX Sorbonne Paris Cité a été très bien évalué par le jury et se trouve, selon les notes obtenues, en tête des concurrents pour la phase finale, dont les résultats seront connus fin février. Le succès est désormais, par conséquent, à portée de main, même s’il convient de rester prudent, humble et mobilisé.

Imaginons qu’en effet Sorbonne Paris Cité soit l’une des Initiatives d’Excellence retenues au début de l’année 2012. Un grand chantier commencera alors qui en vaut la peine. Il s’agira en effet que, dans la collégialité, la transparence et le respect de chacun, les personnels des établissements partenaires imaginent et bâtissent cette Université globale de plein droit et de niveau international évoquée ci-dessus. C’est à la communauté d’imaginer les meilleures solutions adaptées à une université unifiée de cette taille, obéissant aux règles communes définies par la loi mais innovant afin de donner toute sa place à l’indépendance solidaire des communautés académiques au sein d’une université autonome. Il s’agira en particulier de concilier la fidélité aux traditions d’établissements prestigieux, à leur histoire et à leur nom, et l’édification d’une nouvelle identité élargie « Sorbonne Paris Cité ». On peut de toutes ses forces être à la fois, parisien, français et européen.

J’utilise parfois pour rendre compte de ce dessein d’un oxymore, celui de « centralisation décentralisatrice ». En effet, l’objectif est bien de créer au sein de la future Université Sorbonne Paris Cité toutes les conditions de la liberté académique, celle de la recherche et des contenus d’enseignement, celle des femmes et des hommes aussi bien que de leurs communautés. Cet établissement devra créer un environnement propice à une coopération interdisciplinaire, dans les champs scientifiques et pédagogiques ; il s’efforcera d’offrir aux étudiants français et étrangers une diversité de formations cohérentes et de qualité couvrant presque tous les domaines académiques. L’Université Sorbonne Paris Cité sera assez puissante pour consentir de grandes opérations scientifiques structurantes, de nature à accroître encore sa capacité à être l’un des acteurs majeurs sur la crête de l’avancée des connaissances. Bien entendu, ce seront là des déterminants d’une participation accrue à la vie de la Cité et de la Région, d’un éclat intellectuel et culturel démultiplié, d’une efficacité nouvelle dans la stimulation du tissu économique. Il y a par conséquent dans ce projet une réelle potentialité d’amorcer une nouvelle phase du développement des universités de notre pays. Après leur origine très facultaire, la création récente d’une réalité universitaire de pluridisciplinarité réduite, nous sommes maintenant entrés dans la phase de conception et d’édification de l’Université globale riche de l’immense éventail de ses domaines et disciplines.

Développer cette ambition, atteindre les objectifs de qualité optimale au service des étudiants, des sciences, des citoyens et de leur prospérité est un défi formidable dans les temps difficiles que traverse et traversera notre pays, l’Europe, et peut-être le reste du monde. Pourtant, un tel défi n’est pas médiocre, il est exigeant mais aussi enthousiasmant. Je sais que, pour ce qui les concerne, les personnels de l’Université Paris Descartes sauront le relever.

Bonne chance à toutes et tous !


Nouvelles brèves Suivre la vie du site
Rédaction
DIALOGUES DE DESCARTES

Le journal de l’Université Paris Descartes
- 12, rue de l’Ecole de Médecine 75006 Paris
- www.parisdescartes.fr
- Directeur de publication : Frédéric Dardel
- Rédacteur en chef : Damien Pellier
- Secrétariat de rédaction : Pierre-Yves Clausse
(n°7 : Laïla Khayatti) (n°1 à 6 : Geneviève Dagault)

ISSN 1961-9952


12, rue de l'école de médecine Paris 6ème | contact | n°ISSN |